Approfondissement 2

Conservation ex situ et réintro duction de plantes menacées: un projet pilote

 

La conservation ex situ d’espèces végétales rares et menacées dans des jardins botaniques et leur réintroduction dans des habitats naturels appropriés pourrait à l’avenir jouer un rôle de plus en plus important pour la sauvegarde de la biodiversité, notamment en relation avec le changement climatique. Un projet pilote étudie, d’un point de vue scientifique, les facteurs de réussite des réintroductions.

Bon nombre d’espèces végétales ne sont plus présentes que sous forme de petites populations, souvent isolées. C’est un cercle vicieux: les petites populations sont plus sensibles à la dérive génétique et à la consanguinité; il en résulte une perte de variation génétique et, partant, une réduction de la condition physique et de la faculté d’adaptation. Les populations déjà petites continuent de se réduire et le risque d’extinction s’accroît. Si, de plus, le climat change, la situation pourrait encore s’aggraver pour de nombreuses espèces.

Importance croissante des réintroductions

La Suisse s’est engagée, avec de nombreux autres Etats, à sauvegarder sa biodiversité. Outre la protection des milieux naturels, les pays se sont aussi ixé comme objectif d’intégrer le plus grand nombre possible d’espèces menacées dans des programmes de conservation ex situ et d’effectuer des réintroductions. Face à la rapidité du changement climatique, cette mesure pourrait s’avérer particulièrement importante, car de nombreux milieux sont insufisamment interconnectés pour permettre aux espèces de «migrer». En ce qui concerne la conservation ex situ et les réintroductions, il importe de prendre en considération la variation génétique des espèces et les processus de la biologie des populations.

Dans le cadre d’un projet pilote inancé par l’OFEV, nous avons examiné des espèces végétales menacées à des degrés différents, conjointement avec plusieurs jardins botaniques, et nous les avons accompagnées depuis leur culture ex situ jusqu’à leur introduction. L’un des objectifs consistait à analyser l’inluence du changement climatique sur les espèces rares et fréquentes. Nous voulions en outre savoir quel rôle la variation génétique joue dans l’établissement des espèces menacées. A cet effet, nous avons planté 34 espèces présentant divers degrés de rareté, à des altitudes variées, c’est-à-dire en plaine, dans les jardins botaniques de Bâle (265 m) et de Genève (375m), ainsi que dans les jardins alpestres La Thomasia (1260 m, VD), Flore-Alpe (1460 m, VS) et Schynige Platte (1950 m, BE). Notre analyse portait principalement sur la survie et les caractéristiques physiques des plantes.

Les résultats sont alarmants: un éloignement du climat habituel a réduit la condition physique et la survie des plantes. Les espèces rares en particulier ont moins bien supporté le changement de climat. Par conséquent, des espèces déjà rares pourraient fortement souffrir du réchauffement climatique prévu. Une conclusion qui illustre l’importance des mesures destinées à préserver la biodiversité et incite à s’interroger, dans certains cas, sur l’opportunité de prévenir l’extinction d’espèces par une translocation.

Conservation ex situ et réintroduction réussies

Dans le cadre d’un autre sous-projet, des semences de plus de 50 espèces végétales menacées
ont été collectées en Suisse. La plupart de ces espèces ont été intégrées dans des cultures ex situ de plusieurs jardins botaniques ainsi que dans des banques de semences. Les jardins botaniques sont les gardiens de la diversité biologique et la conservation ex situ sert aussi à la protection des espèces. Il importe toutefois de ne pas perdre de vue le contexte de la biologie des populations et le maintien d’une diversité génétique aussi riche que possible. Par ailleurs, les cultures de conservation n’ont un sens que si elles sont associées à des projets de réintroduction.

Ain d’analyser la faisabilité et le taux de réussite de réintroduction de plantes menacées ainsi que l’importance d’une diversité génétique élevée pour la réussite de l’établissement, nous avons effectué des réintroductions de huit espèces végétales menacées dans plusieurs cantons de Suisse. Avec l’aide d’experts et des services locaux de protection de la nature, nous avons recherché des habitats appropriés, situés à proximité immédiate des sites de collecte. Nous avons pu, par exemple, réintroduire des plants d’ail à tige anguleuse (Allium angulosum) dans la baie de Mörigen (BE) et de ludwigie des marais (Ludwigia palustris) dans les Bolle di Magadino (TI). Nous avons introduit au total près de 1200 jeunes plants dans des habitats adéquats et observé le taux de survie des populations ainsi que l’inluence d’une diversité génétique supérieure.

Jusqu’à présent, les résultats sont prometteurs: durant la seconde année, nous avons quand même retrouvé 65% des plantes. Dans les réintroductions caractérisées par une diversité génétique plus élevée, le taux de survie était légèrement supérieur. L’effet lié à la diversité n’était toutefois pas très marqué, ce qui suggère que d’autres facteurs tels que la qualité de l’habitat jouent un rôle encore plus déterminant. L’avenir nous dira si le nombre des individus introduits était sufisant et quels facteurs seront déterminants à long terme pour la réussite des réintroductions. Il est déjà permis d’observer que les introductions d’espèces menacées sont tout à fait possibles dans le cadre d’une bonne collaboration entre scientiiques et experts locaux ainsi qu’institutions cantonales et locales.

 

L’article «Conservation ex situ et réintro duction de plantes menacées: un projet pilote» est un extraite de la revue HOTSPOT, edtion 31 | 2015 . (Photographie de Hugo Vincent)

Pour en savoir plus: «Conservation ex situ et réintroduction de plantes menacées» (HOTSPOT, edtion 31 | 2015)