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« La conservation des espèces menacées est d’actualité »

Centre national de données et d’informations sur la flore de Suisse, Info Flora fournit quantité d’informations sur les plantes et les milieux indigènes, gère l’atlas de distribution de la flore suisse, administre les listes noire (néophytes envahissantes) et rouge (plantes menacées) et apporte conseil et soutien à la conservation des espèces menacées dans toute la Suisse. Stefan Eggenberg, son directeur, travaille depuis des années en faveur de la protection des espèces.

BEAT FISCHER Avez-vous une préférence pour une plante particulière ?

STEFAN EGGENBERG J’ai bien quelques priorités, mais mes préférés sont les rosiers sauvages. Une jolie ancolie fait aussi très bien l’affaire.

Sont-elles rares ou même protégées ?

Beaucoup de rosiers sauvages sont rares et pour certains la Suisse porte une responsabilité particulière. Les rosiers sauvages ne sont pas protégés, les ancolies oui.

Info Flora s’engage depuis des années pour des projets de conservation des espèces végétales menacées et a organisé en janvier 2015 un congrès sur les programmes de conservation ex situ. Ce congrès a-t-il apporté lélan souhaité pour de nouveaux programmes?

Il y a eu sans aucun doute des effets positifs, pendant la journée déjà, mais il est difficile de les quantifier. Les Jardins botanique de Berne et de Genève, avec lesquels je suis régulièrement en contact, ont initié de nouveaux projets. J’estime que ce congrès a eu lieu au bon moment, car la conservation des espèces végétales menacées n’était pas encore un sujet très important il y a 10-15 ans, aujourd’hui il l’est.

Avez-vous des exemples d’espèces végétales pour lesquelles Info Flora s’implique directement comme partenaire ?

Dans le canton de Schaffhouse, Info Flora réalise avec les offices cantonaux de planification et de protection de la nature un projet de réintroduction de l’étoile jaune des prés (Gagea pratensis). Il a débuté en 2017 et son financement est assuré jusqu’en 2021.

Info Flora élabore des recommandations pour des programmes ex situ (conservation et introduction), par exemple « L’idéal est de conserver par échantillon entre 500 et 5000 individus d’une espèce ». Ont-elles fait leurs preuves ?

Info Flora n’est pas une organisation d’exécution, je ne peux donc pas juger. Elles sont surtout importantes pour la planification. Issus de la génétique des populations, ces chiffres ne sont pas applicables à la lettre, ils ciblent une ligne directive vers l’idéal visé! 

Quel autre rôle a Info Flora dans les projets ex situ ?

Info Flora fournit les bases pour prioriser les mesures de conservation de telle ou telle espèce. Nos données couvrant la Suisse entière, nous estimons pouvoir évaluer la situation dans une perspective nationale et être à même de conseiller aussi les cantons. Nous sommes toujours heureux d’être consultés, car nous pouvons ainsi apporter conseil ou intervenir, le cas échéant.

Comment fonctionne le soutien d’Info Flora pour les conseils dans des projets de protection des espèces ?

Ces programmes réunissent un grand nombres d’acteurs : des organisations de la protection des espèces, des communes, des parcs ou réserves naturelles, mais les partenaires les plus importants restent clairement les cantons. La Constitution les oblige à protéger la diversité des espèces. À côté des programmes publics, d’autres activités sont menées par des institutions privées comme Pro Natura.

La Stratégie mondiale pour la conservation des plantes (SMCP), que la Suisse a ratifiée avec la stratégie biodiversité, exige que 75 % de espèces menacées soient conservés ex situ et que 20 % d’entre elles soient disponibles pour une réintroduction. La Suisse atteindra-t-elle ces objectifs ?

Probablement jamais, mais il s’agit aussi d’un état idéal à cibler au mieux. Il vaut toutefois la peine de poser des exigences fortes. La Suisse compte 837 espèces végétales de priorité nationale, quasiment toutes des espèces menacées. L’objectif de la banque de semences a plus de chance, car le Jardin botanique de Genève gère la plus grande banque de semences nationale avec beaucoup de sérieux;quant aux réintroductions ex situ vivantes, il reste bien à faire, vu l’objectif de 167 plantes ex situ en culture.

Qu’attendez-vous des jardins botaniques?

Si l’on veut atteindre les objectifs de la SMCP, une bonne coordination est nécessaire, et nous souhaiterions y contribuer par notre soutien. Si les Jardins veulent initier un programme général, nous sommes prêts à les aider. Les jardins botaniques sont les bienvenus comme prin- cipaux acteurs des cultures de conservation. Il faut cependant, en plus d’une bonne coordination, beaucoup d’attention et de soins pour empêcher tout mélange de matériel génétique d’espèces parentes proches et éviter un « tri d’horticulteur », à savoir ne pas choisir uniquement les plus beaux exemplaires. L’étape des cultures de multiplication en plein champ est la plus exigeante, et les populations doivent se maintenir aussi durablement sur les lieux. Les mauvais exemples sont nombreux, mais quelques rares bons exemples existent aussi, nous sommes actuellement en phase de recensement d’expériences.

Vos conclusions?

L’écoute pour la conservation des espèces menacées et les programmes de conservation ex situ n’a jamais été aussi bonne qu’aujourd’hui. Les espèces de priorité nationale profitent d’un plan d’action, les cantons ont pris conscience que la protection des biotopes ne suffit plus, qu’il faut aussi protéger les espèces, mais n’ont pas encore réalisé le rôle important que jouent les jardins botaniques, à quelques rares exceptions.

 

DR STEFAN EGGENBERG est directeur d’Info Flora. Il dirige une équipe de quinze personnes avec des bureaux à Genève, Berne et Lugano.

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